La lumière de la haute Provence

thf.fr : Atlantis acoustique existe maintenant depuis 7 ans. Le temps de la maturité ?

Eric BUY : Effectivement ces sept années m'ont permis de mettre au point l'Argentera qui représente un aboutissement. Cette enceinte bénéficie des recherches menées sur les modèles précédents et sur les nombreux prototypes. Nous avons beaucoup travaillé sur le filtrage, la mise au point des haut-parleurs et surtout sur la question de la charge des haut-parleurs de grave.

thf.fr : Comment avez-vous été attiré par l'acoustique ?

Eric BUY : Très tôt dés ma treizième année je manifestais une attirance vers les phénomènes sonores, une passion précoce dont j'ai du mal à comprendre l'origine. J'ai réussi à me faire embaucher pendant les vacances scolaires dans une atelier de fabrication d'enceintes acoustiques dirigé par un ami de mon père. J'avais mis le doigt dans l'engrenage ! Cette société débordait d'idées novatrices, grave amplifié avec asservissement, double "bass reflex". Ensuite naturellement je me suis orienté vers une formation d'ingénieur pour acquérir de solides bases théoriques.




Monsieur Eric BUY en train de monter un prototype

thf.fr : Vous avez commencé par installer votre ébénisterie. Indispensable pour élaborer vos prototypes ? Les secrets de la laque sur bois n'ont pas dû être facile à découvrir ?

Eric BUY : L'atelier d'ébénisterie m'a paru indispensable pour fabriquer les dizaines de prototypes et les premières séries des modèles définitifs. J'avais dessiné des formes originales il a fallu que je démontre moi-même leur faisabilité aux professionnels du travail du bois ! Cela m'a permis de pousser encore plus loin la recherche en acoustique pure sans me soucier des coûts. Quant à la laque ce fût effectivement une longue aventure. Maintenant avec des séries de fabrication plus longues nous nous adressons à des industriels qui travaillent sur notre cahier des charges et avec le prototype sorti de notre atelier.

 



Le prototype de la nouvelle ébénisterie de la Séolane

thf.fr : Vous avez choisi le cadre merveilleux de la haute Provence pour installer votre laboratoire. Calme propice et necessaire au long travail de mise au point ?

Eric BUY : En fait c'était un choix dicté pour conserver un équilibre psychologique, je suis incapable de vivre en ville ! Le bruit l'agitation me sont insupportables et j'ai la chance dans mon métier que l'isolement ne soit pas un inconvénient. Je pense que pour garder une bonne sensibilité auditive et la sérénité indispensable au long travail de mise au point, le calme et la beauté de la haute Provence sont vraiment bénéfiques. Je travaille pour améliorer d'infimes détails pendant des mois, et ce sont ces détails qui vont créer la cohérence du message sonore et au-delà l'émotion qui accompagne la musique.

thf.fr : L'Argentera représente un tournant dans votre production. Notamment en raison de son rendement élevé ?

Eric BUY : Tout à fait ! J'ai mis quatre ans pour arriver au bout du projet. C'est l'enceinte que j'ai toujours voulu faire ! J'ai enfin les réponses à beaucoup de questions que je m'étais posées ! Le haut rendement n'étais pas le but au départ. Mais à force de rechercher partout des haut-parleurs capables de restituer les plus infimes détails sans tasser la dynamique je me suis orienté naturellement vers des haut-parleurs à membrane légère et à grande force motrice ce qui est techniquement logique. Je reviens sur cette idée de "tassement" de la dynamique car c'est à mon sens fondamental de tout faire pour l'éviter si on veut recréer l'émotion du concert. Les micros détails sonores sont indispensables pour retrouver cette émotion. Mais la principale difficulté vient du fait que ces haut-parleurs dont je palais tout à l'heure sont très difficiles à maîtriser. Le bon rendement d'un haut-parleur mets aussi en avant... les défauts liés à sa conception : forme de la membrane, bobine etc... De longues heures, des jours, des mois, sont nécessaires pour les corriger.

 



Une partie des haut-parleurs au rebut...

 

thf.fr : Votre enceinte est en trois volumes distincts, central pour le médium aigu, supérieur et inférieur pour les deux modules de grave. Vous avez choisi deux transducteurs de très haut niveau pour le médium aigu. Qu'est ce qui a guidé ce choix ?

Eric BUY : Il faut rendre hommage aux concepteur du lare bande Supravox qui ont beaucoup travaillé sur les questions de suspension de membrane, les colles et les bobines de ce haut-parleur. C'étaient les seuls capables, en comparaison après de longue recherches au niveau international, d'allier un bon rendement avec "piqué", douceur et finesse. Pour le haut-parleur d'aigu le Raven à ruban s'est imposé de la même manière pour équiper l'Argentera, et ce malgré un prix très élevé. Je vais utiliser d'autre modèles de ce constructeur pour les autres produits de la gamme Séolane et Estérel.



Le haut parleur d'aigu Raven au premier plan
sa memebrane en aluminium de quelques microns...

thf.fr : La conception des deux caissons de grave indépendants est tout à fait originale pouvez-vous nous en parler ?

Eric BUY : Une question difficile à résoudre dès que l'on s'oriente vers une enceinte à haut rendement : trouver un grave de la même qualité que le médium aigu ! Après de nombreux essais de 26 et 31 cm j'ai retenu la solution de deux 18 cm, membrane polypropylène, que j'utilisais déjà pour le modèle Séolane. Ceci pour deux raisons principales, la première est que la membrane d'un 18 va être plus rapide et plus facile à contrôler que celle d'un 26 ou d'un 30. La deuxième est que cette solution permet de disposer de deux sources d'émission dans le grave et d'exciter les résonances de la pièce selon deux modes différents et par là obtenir une beaucoup plus grande faculté d'adaptation suivant les différents volumes à sonoriser.



la gamme complète de gauche à droite,
Esterel, Séolane, Miage, Argentera, et un prototype

thf.fr : Chaque caisson dispose d'un évent laminaire et ils sont vides sans matériaux amortissants !?

Eric BUY : La qualité du grave et sa profondeur a été ma préoccupation permanente ! L'Argentera descends jusqu'à 27 Hz à O dB ! De plus il faut tenir compte du recouvrement avec le large bande dans le bas médium vers 70 Hz, une zone de fréquences où l'oreille humaine est particulièrement sensible ! La solution consiste à obtenir la pression sur l'évent la plus élevée possible sur un bande de fréquences très étroite en desous des 70 Hz et à rendre cet évent muet au-dessus. Les auditeurs à l'écoute perçoivent tout de suite un grave bien "timbré" qui descends facilement dans l'extrême grave pour donner une image très profonde et restituer l'ambiance de la salle de concert.



un coin du laboratoire avec les prototypes
en attente...

thf.fr : L'accueil des clients a été très favorables vous n'allez sans doute pas pouvoir en assurer directement toute la fabrication.

Eric BUY : Les Argentera destinées au Canada et Amérique du Nord seront fabriquées sur place. La fabrication de nos ébénisteries va être délocalisée dans des ateliers plus performants, ce qui va nous permettre de proposer de nouvelles finitions bois souvent demandées par nos clients.

thf.fr : Sûrement des projets dans les cartons de votre laboratoire ?

Eric BUY : Heureusement que je n'ai pas besoin de sortir absolument deux gammes de produits nouveaux par an pour obéir aux desideratas des spécialistes en marketing !!! Nos délais de mise au point d'un nouveau produit sont proches de ceux d'un grand cru pour arriver à maturité ! Une sorte de petite soeur de l'Argentera est en gestation, plus petite et plus fine encore mais toujours avec la même architecture. Et un projet plus lointain d'une enceinte de format bibliothèque de très haut niveau.

 
Les grands espaces de la haute Provence
 
 

Décor indispensable à la sérénité de Monsieur Eric BUY le concepteur
des enceintes acoustiques qui portent les noms des montagnes alentour.