Les anciens éditos

 
 
 
Editorial de Juillet Août 2004
 

 

Mettez vos oreilles en vacances !

Peut être que le vrai repos, celui du citadin après une année de tensions quotidiennes, est d'abord celui de ses oreilles. Nous baignons en permanence dans un bruit de fond que nous essayons d'oublier mentalement mais que nos oreilles doivent supporter.

Au point que nous cherchons souvent l'origine de notre fatigue alors qu'elle est induite par le bruit à 90%. Si une conversation entre amis ne dépasse pas les 60 à 65 décibels, dans une artère centrale de nos grandes villes, nous sommes très vite à plus de 90 à 95 décibels…. Tous les dix décibels notre sensation du niveau sonore double.

Pour essayer de se protéger nos oreilles baissent leur seuil de sensibilité. C'est pour cela qu'un baladeur est d'autant plus dangereux ! Il nous est arrivé dans le métro parisien d'entendre les sifflements aigus émis par le baladeur d'un passager. Calcul simple, bruit de fond du métro environ 95 décibels donc le baladeur doit approcher les 100 à 110 décibels pour le couvrir par effet de masque. On est proche du seuil de la douleur mais l'utilisateur ne le ressent pas. Durée du trajet quotidien moyen, mettons trente minutes, hypothèse favorable pour un parisien. Les oreilles vont résister quelques mois après la perte auditive sera définitive de 20 à 30% parfois plus. Nous tenons cette constatation d'un médecin spécialisé en oto-rhino-laryngologie. A ses début le troisième age représentait la plus large proportion de sa clientèle maintenant ils est de moins en moins surpris de voir des adolescents à sa consultation.

sonomètre digital

Empruntez un sonomètre, vous aller pouvoir rapidement faire la différence entre des sons et du bruit. Fenêtre ouverte en pleine nuit, été oblige, un rossignol a élu domicile dans un arbre à proximité. Il est accompagné en basse continue par les grenouilles et crapauds de la mare voisine, pas loin de 65 décibels en crête à la mesure, mais un sommeil calme et profond de l'observateur. Un moteur à explosion sur deux roues passe à quelques kilomètres, réveil en sursaut alors que nous sommes à la limite basse de la sensibilité de l'appareil.

A bord d'un avion régional doté de moteurs à hélices un de nos amis professionnels de la sonorisation sort son sonomètre de sa sacoche. Doute confirmé plus de 110 décibels ! Par chance un vol régional ne dure pas trop longtemps… Normalement les normes pour l'habitacle de nos véhicules sont de 90 décibels au maximum, heureusement car les voyages en voiture durent eux beaucoup plus longtemps.

Les dégâts, souvent définitifs pour nos oreilles, sont proportionnels au niveau et à la durée de l'exposition au bruit. Les boîtes de nuit sont normalement contrôlées mais nous avons pu mesurer plus de 110 décibels au milieu de la piste de danse. Plusieurs heures chaque fin de semaine ou tous les soirs en vacances… Faire attention aussi au concert en plein air où l'on pourrait penser que la pression acoustique est moins forte. Lors de la venue d'un célèbre groupe anglais le million de watts électriques par canal a été dépassé par des "châteaux" d'enceintes haut de 20 mètres. Le son était excellent… à environ deux kilomètres de la scène !

A l'inverse après quelques jours de détente dans une atmosphère calme votre oreille augmente progressivement son seuil de sensibilité. Les cigales deviennent assourdissantes et la balle de tennis dans la raquette même à plus de cent mètres produit un son caractéristique, vous êtes bien en vacances… Maintenant plongez la tête dans l'eau pour une obtenir une notion de silence, presque absolu.




La chambre surde de PHY-HP

Dans une chambre sourde outre une sensation de vertige, les sons produits par notre organisme deviennent sensibles et particulièrement celui de la colonne sanguine à chaque pulsation cardiaque. Certains avancent même que nous aurions pris goût au cours de notre vie fœtale au rythme lent du son produit par le flux et reflux de la mer qui se brise sur le sable. Car Il est très proche du son produit par la colonne sanguine de la mère, un des premiers sons que l'oreille va percevoir…

La sensation de vertige provient du fait que notre oreille interne a aussi pour fonction de nous donner des informations sur notre équilibre, et la perception des sons y participe pour beaucoup. Dans une chambre sourde, plus de "substrat" sonore pour nous informer du volume de la pièce dans laquelle nous nous trouvons, par exemple à quelle distance des parois ? Information que ceux qui ont hélas perdu la vue analysent en détail pour reconstituer un "image" sonore de l'espace qui les entoure.

Cet effet de vertige est aussi sensible quand vous fermez les yeux à l'écoute d'un système haute fidélité de très haut niveau. Les informations spatiales perçues par nos yeux de la pièce d'écoute ne correspondent plus à celles perçues par nos oreilles pour le lieu de l'enregistrement…

Votre oreille bien reposée, vous allez pouvoir vous rendre compte à quel point elle nous permet de percevoir des choses extraordinaires.

Bonnes vacances.

Frank ROMERSA

   

 
 
 
Editorial de Septembre 2004
 


Pendant les vacances la guerre des formats continue…

Nous ne voulons pas nourrir de polémique stérile. Mais quand il y a quelques mois un de nos estimés confrères de la presse papier nous assénait en couverture : le SACD le support qui va sauver le disque classique ! Puis par publicité interposée : Le SACD c'est maintenant ! Nous nous étions permis de nous étonner devant tant de certitude… D'autant que nous pouvons lire dans le numéro de juillet août de notre confrère un dossier très complet sur le disque… noir, oui le microsillon en vinyle ! Le comparatif des platines vinyle est tout aussi détaillé, et le prix pour certaines dépasse les 2 000 euros. Nous pouvons lire " … l'impact du médium donne un sentiment de vie inoubliable…" Dans la comparaison des espaces publicitaires souscrits, le vinyle est de loin gagnant ! Comment s'étonner ensuite que l'amateur néophyte de haute fidélité y perde son latin ! Nous essayons chez thf.fr d'éclairer votre lanterne, croyez que ce n'est pas toujours facile.




Platine vinyle TRANSROTOR Orféo

Pendant vos vacances les petits messieurs en costume sombre ont continué à travailler pour votre bien, enfin en principe… Quelques petites annonces discrètes ont paru dans les médias en ces temps de chaleur estivale. Dans les colonnes d'un autre de nos estimés confrères de la presse papier nous notons qu'un constructeur français d'électronique haut de gamme opte pour le HDCD pour ses lecteurs. Pas de quoi s'étonner sous le chaud soleil ! Si à un détail près, le texte d'information qui vante les mérites de ce format est accompagné du logo HDCD auquel s'ajoute le logo du propriétaire de cette technologie et son slogan : Microsoft, A Windows Media Technology. Nos lecteurs assidus et donc bien informés avaient sans doute déjà deviné ! A notre connaissance c'est la première fois que le géant du logiciel associe directement son nom au HDCD. Connaissant bien les habitudes des petits messieurs en costume sombre, le détail n'est pas du tout innocent et s'inscrit dans une stratégie globale évidente. Tout ce qui va entrer comme son ou image dans notre domicile devra à l'avenir passer par un ordinateur, lequel ordinateur devra être équipé comme logiciels de etc…



Le constructeur français ISEM
équipe ses lecteurs CD
du format HDCD de Microsoft

Autre information discrète parue dans les médias spécialisés. PHILIPS est en train de reconvertir l'ensemble de ses usines de production de mécaniques pour lecteur CD au format DVD pour faire face à l'explosion mondiale de ce standard et résister à la concurrence asiatique… Souvenez vous il y a déjà eu des "scènes de ménage" dans le couple SONY-PHILIPS. Il y a un peu plus de dix ans PHILIPS abandonnait brutalement l'excellent format d'enregistrement audio de SONY, le DAT Digital Audio Tape, pour lancer son graveur de CD ! A noter, aujourd'hui la différence entre un lecteur de DVD vidéo et un lecteur de DVD Audio est… très faible.

Tout ceci pour vous dire que nous gardons les yeux et les oreilles grands ouverts. Après le HIGH END de Munich, dont vous avez été nombreux à lire le reportage, nous serons le 25 et le 26 septembre au HIFI SHOW de Londres. Pour vous tenir au courant des derniers développements de la guerre des standards et de l'actualité des nouveaux produits.



Nous allons aussi modifier l'organisation interne de thf.fr pour enfin développer sérieusement notre rubrique banc d'essais. L'objectif est de dégager du temps pour les écoutes découvertes, pour les entretiens théorie et technique pour vous conseiller efficacement dans le choix des éléments de votre chaîne haute fidélité.

Nos dossiers contiennent déjà quelques produits, "perles" de jeunes constructeurs ou de nouveaux appareils de grands constructeurs internationaux qui annoncent un retour à la stéréophonie de haute qualité… Nous allons nous intéresser à des produits de gamme moyenne car là aussi les progrès sont étonnants ! Pour le début de gamme nous avons conservé la méthode des écoutes comparatives à l'aveugle déjà employé pour le comparatif des enceintes à moins de 600 euros. Cette méthode a fait ses preuves et lors de notre dernier test à paraître des lecteurs de CD a moins de moins de 700 euros. Nos auditeurs ont donné à deux appareils la même note à deux décimales… Nous n'avons pas eu le temps de faire vérifier par un technicien si ces deux appareils sortaient bien de la même usine… Le changement de logo ou d'apparence ne change pas le son, surtout si l'auditeur ne les voit pas…

Les produits déjà testés mais dont la fabrication est arrêtée vont partir en archives pour être consultés par les amateurs de produits d'occasion. Nous testons rarement les nouveautés nous préférons attendre qu'un produit soit confirmé comme une valeur sûre. Ce qui sans doute nous va nous faire décerner pas mal de !!! de thf.fr notre distinction pour produit exceptionnel en rapport qualité prix. Sans rapport avec un budget publicitaire…

En résumé il va se passer beaucoup de choses chez thf.fr dans les mois qui viennent, pour honorer votre confiance de lecteur !

Frank ROMERSA
Frank.Romersa@thf.fr

   

 
 
 
Editorial d'Octobre 2004
 



Made In China or made in Europe…

Inutile de se voiler la face ou de faire l'autruche. Cachez cet ampli chinois dont je ne saurais voir…. le prix ! Mondialisation oblige, de plus en plus de produits proposés sur le marché français de la haute fidélité sont made in china. Sans faire un cours d'économie politique, il faut souligner que cette situation se répète de manière cyclique. Il y a plus de vingt ans l'opprobre était jeté sur le made in Taiwan ! NAD fût un précurseur du "conçu en Angleterre fabriqué à Taiwan", ce qui lui a permis de proposer de très bons appareils à un prix grand public. N'oublions pas non plus que vingt ans auparavant la production japonaise d'électronique était traitée avec le même mépris. Certains sont même allés jusqu'à dire que les oreilles extrêmes orientales n'entendaient pas la même chose que les nôtres ! Il aura fallu attendre que le grand chef japonais Seiji Ozawa dirige Carmen à Paris pour prouver définitivement le contraire.


Le panneau élecrostatique
QUAD ESL 989

Comme aujourd'hui pour les produits chinois les critiques ont fusé de tous bords ! Fabrication déficiente, service après vente inexistant, pas de qualités musicales etc. Puis comme toujours tout le monde a appris son métier et la production est devenue de plus en plus qualitative. Dans le cas de la Chine les progrès ont été particulièrement rapides. D'un modeste assembleur de composants du Japon ou de Taiwan, ce pays est vite devenu un concepteur de produits à part entière. Le transfert de technologie n'a pas forcément concerné l'audio directement, un des premiers constructeurs d'amplis à tubes chinois, CAYIN, est un important sous traitant dans l'aéronautique et son directeur un mélomane audiophile… Il y a presque trois ans maintenant la production de QUAD a été transférée en Chine. "Shocking" s'exclamerait un anglais de pure souche ! Pourtant Peter WALKER son fondateur avait transmis son savoir à des ingénieurs qui passent maintenant la moitié de l'année en Chine pour diriger une usine dernier cri flambant neuve. Les mauvaises langues ajoutent que les célèbres panneaux électrostatiques sont encore meilleurs et ne tombent plus en panne…

L'amplificateur intégré CAYIN 500

Le consommateur éclairé se félicite de la bonne affaire en oubliant qu'il est aussi un salarié qui peut hélas perdre son emploi… Un industriel habitué du marché chinois nous racontait : "C'est un peu comme ici une autoroute avec une usine à droite, une usine à gauche, à la différence près qu'au bout de l'autoroute en travaux il y a une usine en construction à droite et une usine en construction à gauche et quand vous revenez trois mois plus tard l'autoroute a avancé de dix kilomètres…" Quand plus d'un milliard de chinois seront au travail combien seront nous de chômeurs ici ? Chomeurs dont la haute fidélité sera la dernière des préoccupations ! Même le Japon, autrefois pionnier du marketing mondial, ancêtre de la mondialisation, subit cette concurrence de plein fouet.

Alors que faire ? D'abord ne pas céder aux sirènes des sites Internet, sans adresse géographique précise, qui proposent des copies de produits chinois moins cher que moins cher, et surtout sans service après vente réaliste. On imagine mal, sans un coût supérieur au prix d'achat, un amplificateur de plusieurs dizaines de kilos faire deux fois le tour de la planète pour une résistance défaillante. Les grandes marques de produits étrangers ont toujours des importateurs qui font leur métier pour garantir la "bonne fin" de l'acquisition d'un produit dans un magasin spécialisé en haute fidélité. Le magasin lui-même a souvent choisi de vendre le produit non seulement en raison de ses qualités musicales mais aussi des garanties de pérennité que lui apporte une grande marque. Ainsi il a toutes les chances de retrouver un client satisfait pour un autre achat.


L'amplificateur intégré ATOLL IN100

Ensuite encourager le made in France, ou le made in Europe. Il faudrait que les constructeurs insistent plus sur l'origine de la zone de fabrication de leur produit. Certains comme ATOLL ELECTRONIQUE proposent des produits très compétitifs au niveau national, d'autres sont pratiquement inconnus sur le marché français comme LURNE ou METRONOME TECHNOLOGIES. D'autres enfin ont acquis avec le temps une stature internationale et nationale comme UTOPIA de JMLAB. Voici une liste des marques fabricants français que nous avons voulue exhaustive, que ceux que nous aurions pu oublier soient indulgents et nous fassent parvenir la mise à jour rapidement à l'e mail ci-dessous…

3D LAB, APERTURA, ARTEC, ATLANTIS ACOUSTIQUE, ASA, ATOHM, ATOLL, AUDIO AERO, AUDIO LINEAIRE, AUDIOMAT, AUDIOMECA LURNE, AUDIOPHILE CONCEPT, AVANT SCENE, CABASSE (stéréo haut de gamme), CAIRN, BRUNO HENRY, BC ACOUSTIQUE, DAVIS (stéréo haut de gamme), EERA, ELIPSON, EUPHYA, GKF, ICOS, ISEM, JADIS, JM REYNAUD, KELINAC, KORA, LAVARDIN, LINTRA, METRONOME TECHNOLOGIES, TRIANGLE (stéréo haut de gamme), MICROMEGA, MPC AUDIO, MULIDINE, PELEON, PHYHP, PRAME, SEVEN AUDIO, SIEMEL, UTOPIA, VECTEUR, VERDIER, VULCAIN, YBA, WATERFALL

En Europe les Anglais sont les mieux représentés avec B & W, KEF, REGA, EXPOSURE, EAR YOSHINO, dCS. Les Italiens avec SONUS FABER, CHARIO, les Allemands avec ELAC, AUDIO PHYSIC, BRINKMANN etc… Dans nos visites des salons internationaux comme le High End de Munich ou le HIFISHOW de Londres, voir ci dessus rubrique ACTUALITES, nous essayons dans la mesure du possible de préciser le pays d'origine du constructeur.

Etre bien informé c'est important pour bien choisir, avec l'aide de thf.fr !

Frank ROMERSA
Frank.Romersa@thf.fr

   

 
 
 
Editorial de Novembre 2004
 

Vous avez dit sourd musical …?

Nous ne sommes pas les seuls à avoir constaté, au cours de nos multiples séances d'écoute, le fait que certaines personnes semblaient ne pas "entendre" la Musique. Une expérience ancienne de quelques dizaines d'années explique un peu mieux le phénomène. Sur la côte d'Azur la directrice d'une célèbre école de danse nous avait demandé de prendre des photos de ses élèves en plein travail. Après une journée de prise de vue, nous nous étions étonné auprès de Madame Rosella HIGHTOWER que certaines d'entre elles semblaient avoir du mal à suivre précisément la chorégraphie proposée. Sa réponse fût simple et nette : "vous aussi vous l'avez remarqué, elles sont comme sourdes à la Musique…" .



Ecole de danse Roselle HIGHTOWER

Bien sûr tous les grands musiciens échappent à ce syndrome. Le grand chef Herbert Von KARAJAN disait à juste titre : " …le public vous pardonnera une fausse note, une erreur de tempo jamais !" A croire que nous disposons dans notre cerveau d'une horloge très précise qui nous fait apprécier des écarts de temps extrêmement faibles. Sans imaginer apprécier des écarts d'une picoseconde, comme nos récentes horloges atomiques, il faut remarquer que notre oreille est très sensible aux intervalles et à leur durée. Le génie de l'interprète consiste à transcrire la note de Musique non seulement en termes de niveau, plus ou moins fort, mais en terme de durée et d'intervalles pour exprimer au mieux l'imaginaire du compositeur. "La Musique c'est ce qu'il y a entre deux silences", que l'auteur de cette belle définition nous pardonne d'avoir oublié son nom.

 




Horloge atomique avant miniaturisation...

 

Nous avons l'impression que ce phénomène n'a fait que s'aggraver avec le temps et surtout depuis les débuts de la reproduction électroacoustique, TSF, tourne-disque, et haute fidélité. Comme si cette horloge biologique avait perdu paradoxalement de sa précision au cours de notre époque de haute technologie. La situation est particulièrement sensible pour les jeunes générations qui en arrivent à confondre la reproduction électroacoustique avec le son de l'instrument lui même qu'ils n'ont souvent jamais entendu directement (sans EDF). Ils ont aussi perdu la sensibilité à une information auditive très fine, très ténue, et pourtant fondamentale pour "goûter" la Musique, le timbre de l'instrument, le timbre d'une voix. Les mauvaises langues vont s'exclamer que dans le cas de la voix de la dernière star kleenex à la mode, il vaut mieux ! Hors la dégradation de cette information de durée ou de timbre peut priver la Musique de sens, de "saveur". Pour employer une image triviale mais éloquente dans notre pays c'est la différence entre la cuisine d'un grand chef ( lui aussi …) et ouvrir des boîtes de conserve ! Au point que l'oreille manquant de référence n'arrive plus à "lire" des sons aussi riches et complexes en timbre que ceux produits par un clavecin ou des instruments anciens.

Notre profession de la haute fidélité apparaît aux yeux du grand public comme obscure et sectaire. Obscure parce que beaucoup de gens ne comprennent pas du tout ce que nous faisons : "…vous vous rendez compte ils écoutent même des câbles !". Sectaire parce que nous utilisons un langage d'initiés du genre : "…la300B favorise les harmoniques paires jusqu'à l'overdose… en pure classe A plus de distorsion d'inter modulation… attention aux rotations de phase sur un filtre à 6 dB par octave…". Nous sommes loin, très loin de la Musique. Lors d'un des derniers salons un professionnel reprochait la même antienne aux organisateurs, sortir du microcosme et essayer de gagner un plus large public à la haute fidélité. Au regard de tout ce qui précède la tâche est rude ! Ne perdons pas de vue que nous sommes sous la "dictature" du MP3 pour les moins de vingt ans et sous celle de la télévision commerciale pour toutes les autres catégories d'âge.

Alors quelles raisons d'espérer ouvrir la haute fidélité à un plus large public ? Les mêmes que celles qui font entrer 110.000 personnes aux "Folle journées de Nantes" chaque année depuis plus de dix ans : le goût de la Musique en vrai ! C'est à dire encore une fois sans EDF. Un des signes les plus sûr d'une démonstration de matériels de haute fidélité réussie ? A la fin du morceau les auditeurs applaudissent comme au concert… Les réflexions entendues alors se résument toutes de la même manière : "…Je ne savais pas qu'une Musique pareille existait…". Il faut ici comprendre le mot Musique dans son sens le plus large, c'est à dire que des sons pouvaient être aussi captivants au point de ne faire qu'écouter pendant de longs instants. C'est le plus beau compliment quand les auditeurs ne parlent plus de matériels ou de technique.

 



Quatuor de cuivres musée des Jacobins à Toulouse

Alors pourquoi ne pas inviter lors de nos salons des musiciens de jazz, de poésie chantée, de musique de chambre… Nos oreilles pourraient découvrir et redécouvrir le son direct sans artifices, la Musique avec un grand M…

Frank ROMERSA

   

 
 
 
Editorial de Déembre 2004
 


La 300 B favorise les harmoniques paires jusqu'à l'overdose !!!

Mentionnée dans notre dernier éditorial cette réflexion échangée entre amateurs de matériels de haute fidélité a provoqué une réaction justifiée d'un de nos lecteurs. Elle avait été volontairement choisie en raison de son style un peu provocant et pour souligner le caractère abscons des propos que nous échangeons entre "initiés" amateurs ou même professionnels. Notre lecteur nous demande des explications et pose la question de savoir : comment pouvons nous apprécier et isoler lors d'une écoute d'un matériel des détails aussi fins ? Même avec des notions élémentaires sur la question des fréquences harmoniques, il se demande comment cela peut se traduire dans l'écoute d'un message musical.


La 300B par KR AUDIO

Notre lecteur remarque lui-même en préalable qu'il existe une corrélation entre la perception d'écoute et les différentes solutions techniques ou composants adoptés pour chaque matériel. Point très important, nous acceptons en bon cartésien d'exclure le "magique" et de rester dans le domaine scientifique et expérimental. Notre oreille va faire la différence entre un ampli en pure Class A et un autre de même qualité en classe AB, ou entre des transistors de puissance bipolaires et mosfet, ou entre des tubes KT88 ou EL34 et ainsi de suite. Sur un échantillon d'auditeurs, des tests d'écoute à l'aveugle en ont déjà fait la démonstration. Ecoutes successives dans le même espace car en absolu notre oreille perd très vite ses repères mais continue d'analyser en agréable ou désagréable. La mesure technique du signal électrique ou acoustique n'est d'aucun secours et décèle des différences là où notre oreille n'en perçoit pas… Mais une autre question reste posée : comment décrire un son, et décrire un son par rapport à un autre ?


Amplificateur A1 de Musical Fidelity
2 fois 20 watts en pure Classe A
( fin des années 80 )

Difficile d'imaginer un glossaire de termes sur lesquels tout le monde serait d'accord. D'autant plus que le goût et la culture sonore et musicale de chacun est un paramètre variable très important. On peut penser à se rapprocher du langage parfois très fleuri des œnologues. "Il a de la cuisse…!" Peut prêter à confusion sur le sujet analysé. Pourtant certains œnologues sont capables de reconnaître le cépage, le terroir, parfois le château et même le millésime à partir d'une gorgée de vin. Le pouvoir analytique de nos sens est donc bien réel. Pour revenir à la question de notre lecteur que signifie une overdose d'harmoniques impaires ? Brièvement ici on peut dire qu'un son est constitué d'une fréquence fondamentale et fréquences harmoniques de rang pair, progression arithmétique de raison 2, ou impair. Pour des raisons évidentes de consonance notre oreille est sensible aux harmoniques de rang pair et ressent une sensation désagréable dans le cas d'harmoniques de rang impair d'amplitude suffisamment élevée. Certains montage de tubes de puissance 300B pour les amplificateurs sont connus pour favoriser le haut niveau des harmoniques de rang pair. Et ainsi séduire un peu abusivement nos oreilles. Nous disons alors "qu'ils en rajoutent", par rapport au message sonore original. Les amateurs vont répondre que de toute manière ce qu'ils rajoutent est tellement beau… encore le syndrome de la sirène !

Après ces constatations deux discours extrêmes s'opposent dans la communauté des "initiés" en haute fidélité. Celui de ceux atteint par une forme d'audio pathologie un peu sectaire qui consiste à déclarer comme seule, unique et absolue la solution technique qu'ils ont souvent eux même, bien sûr, fondamentalement améliorée. L'ego et la perception sonore peuvent générer des distorsions pas seulement acoustiques. A l'inverse l'autre camp procède d'un nihilisme intégriste. Selon eux, il n'existe aucune différence de reproduction sonore entre deux systèmes de haute fidélité si ce n'est le prix au plus grand bénéfice du vendeur assimilé à un charlatan. Nous devons reconnaître que certains constructeurs, le plus souvent aujourd'hui disparus, ont abusé de termes techniques "ronflants" à syntaxe anglo-saxonne, sans aucune réalité avec la qualité sonore de leurs appareils. Les membres de ces deux camps ont souvent un point commun celui d'être "sourd musical" comme nous l'avons évoqué lors de notre éditorial du mois dernier…




Monsieur Pierre JOHANNET
Chercheur au laboratoire EDF
Concepteur de la théorie des MDI
Micro décharges d'interfaces
( photo DIAPASON )

Pour faire le point sur ce débat qu est né avec la haute fidélité. Nous vous recommandons vivement la lecture de l'article de Pierre JOHANNET dans le numéro hors série HIFI HOME CINEMA 2005 de notre confrère la revue DIAPASON actuellement en kiosque (décembre 2004). Ce texte est écrit à la fois avec beaucoup d'humour et de rigueur scientifique. Sans être pour autant rebutant à lire, il met "le pendules à l'heure" sur la question de la qualité de la reproduction sonore. Il explique l'absence de corrélations entre la mesure et l'écoute comme nous l'avons mentionné plus haut et fait avancer sa théorie sur les mIcro-décharges d'interface (MDI). Ceci sans oublier de mentionner tous ceux qui ont suivi des développements parallèles à ses propres recherches.

En conclusion il reste une méthode toujours efficace et que nous conseillons systématiquement à nos lecteurs : faire confiance à ses oreilles. Comme nous l'avons déjà écrit ici : "La vrai Musique jouée par un vrai musicien, reproduite par un bon système de haute fidélité n'est jamais désagréable à écouter même pour la première fois…"

Frank ROMERSA
Erratum : nous avions écrit impaires dans le titre
par erreur, un lecteur vigilant nous l'a fait remarquer...