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Quand je lit certains textes sur la hifi, j'ai l'impression de lire un condensé de philosophie théologique, et donc de philosophie de la conscience. La matière ici bas est éminemment périssable, menacée par la putréfaction et la variabilité. En revanche, l'âme humaine est, elle, la vraie substance du monde.
Elle est, à l'image de dieu son créateur, plus stable, plus vraie, plus solide que les choses même. "Forme" chez Aristote, "monade" chez Leibniz, l'âme humaine survit même assez facilement à la destruction du monde chez Edmund Husserl.
Quelque chose à changé ? J'ai l'impression que ma chaîne hifi ne fait pas le même son ? Que la chaîne A sonne mieux que la chaîne B ? Scientifiquement, en embrassant toutes les perspectives possibles, je ne peut exclure que cette différence vienne de moi. Je dirait même mieux, le bon sens élémentaire (à la base de toute science) voudrait qu'entre les choses et les être, ce soit les êtres qui fasse l'objet d'une investigation préalable. Car à l'évidence, en tant qu'être vivant, la variabilité est l'une de leur caractéristique fondamentale. Et l'homme surtout : en tant qu'animal social, sa perspective sur le monde dépend éminemment (dans une très large mesure) de la communauté à laquelle il appartient.
Or, l'"audiophile" n'aime pas du tout ce genre de propos. On pourrait se poser des questions sur comment, au fur et à mesure du temps (l'apprentissage) et des circonstances (dans un rapport dialectique avec mon environnement, mes état internes évoluent de seconde en en seconde), les choses et les êtres modèlent mon âme pour me faire ce que je suis, l'être qui trouve que ça sonne mieux maintenant que hier, qui préfère les tubes au transistors, etc.
Que nenni. En bon adepte des poncifs judéo-chrétiens du rapprochement de l'homme et de dieu, voir petit dieu lui-même, l'audiophile ne *doute* en aucune manière de lui. C'est son oreille qui est l'étalon à l'aune duquel il mesure les choses de la hifi. Les choses ne s'y accordent pas ? Tant pis pour elles. L'âme de la musique (la fameuse musicalité) ne fait pas vibrer son âme ? Même s'il n'a pas lu les philosophe ci-dessus, il partage leur avis : tel un rock au milieu de la tempête du monde physique (molécules de l'air, micro décharges électriques...), son oreille est le phare qui fera plier la réalité, qui la fera rentrer à bon port, celui qu'il dominera de toute sa hauteur pour l'éternité.
Je ne pense pas que ce soit propre à la hifi. Je pense que le monde est entré dans une nouvelle ère de volonté de puissance dans laquelle, se sentant investit par plus de puissance qu'il n'en a jamais eu, l'homme tente de tout réduire et de tout rapporter à lui, à sa subjectivité. Et le paradoxe selon lequel tout cela se passe sous le couvert de la "scientificité" n'est qu'apparent. Nous somme bien les enfants la révolution copernicienne, cette révolution qui, en décentrant l'univers de l'homme, à également fait tomber dieu de sa stèle de grand géomètre, le rendant plus accessible que jamais aux ambitions de sa créature.
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